Faut-il se préparer à l’incertitude en prédisant l’avenir ou en redevenant robustes, vivants, inarrêtables ?
- La question est partout.
- dans les librairies (rayon new age)
- sur les dashboards des décideurs
- dans les tableurs des managers
- dans le développement personnel
- dans les récits de productivité sous stéroïdes, Red Bull et IA
Sommes-nous addicts au plein ?
Tu riais, j’en suis sûr. Moi aussi.
Nous venons du même vieux pays désabusé, celui qui croit encore au panache des idées, au cynisme scientifique, à l’encyclopédisme bravache et au mauvais esprit frappeur.
Alors quand je vois défiler les techniques de mindset, de loi de l’attraction, de persuasion, de mantras d’affirmation positive jusque dans les librairies sérieuses, j’y reconnais surtout un vieux rêve collant :
- Devenir riche — ou réussir — par simple proclamation narrative intérieure.
Un rêve où le récit suffit. Où le plein suffit. Où la narration serait auto-réalisatrice, neurosciences ou pas. Mais sans jamais payer le prix du réel.
Car ce récit ne parle jamais de ce qui arrive quand.
Quand il se fracasse.
Il ne raconte jamais l’effondrement.
Brutal. Sale. La décristallisation soudaine.
La rencontre violente avec le Grand Réel.
Cet adversaire là, toujours drapé dans son mutisme irrésistible, ne se laisse pas acheter par nos mantras.
Face au Grand Réel, nous, Sapiens narrans, nous mentons à nous-mêmes.
À chaque fois. Notre astuce narrative est ancienne :
ne plus jamais regarder le vide. Ni le soleil. Ni la mort. Ni l’incertitude.
Notre cerveau ne supporte ni le blanc, ni le silence. Il comble. Il raconte. Il fabrique des images, des scénarios, des monstres ou des paradis.
Devant un futur opaque, l’amygdale s’allume, la peur monte, et la machine à prédire s’emballe.
Mieux vaut un mensonge confortable qu’un vide habitable.
Au XIXe siècle, John Franklin est parti chercher le passage maritime du Nord-Ouest. Entre les glaces du Groenland, du Canada, de l’Alaska, de la Russie. Comme beaucoup aujourd’hui cherchent leur passage vers la réussite à coups de checklists et de plans à 5 ans.
Il est parti plein. Plein de boîtes de conserves (la data de l’époque). Plein de confiance dans la technologie victorienne.
Hélas, les conserves étaient mal faites. Le vivant en boîte plombé.
Botulisme. Disparition de l’équipage.
Le blanc. Le vide.
Franklin croyait que le « plein » de la civilisation suffirait à boucher le trou du Grand Nord.
Il était prédictif en diable. Comme nos cerveaux qui, sans fin, produisent des modèles, des récits, des simulations inconscientes ou conscientes.
Et ce jusqu’à l’incontinence cognitive.
Jusqu’à l’épuisement.
Aucune remise en question de l’hypothèse de départ.
Aucun doute sur ce que raconte le cerveau à l’infini.
Un seul objectif :
– neutraliser l’incertitude.
Tout cela pour survivre.
Comment?
En enfermant le vivant dans des boîtes, en collant des étiquettes sur les choses, en mettant des chiffres et des pixels de manière conformiste, raisonnable ou loufoque sur le réel.
Le Grand réel.
L’expédition Franklin, c’est peut-être l’acte de naissance de notre défaite moderne face au vide.
Aujourd’hui, nous avons des satellites, des radars, des modèles climatiques. Le démon blanc est devenu une coordonnée.
Mais nous avons aussi des guerres cognitives qui exploitent exactement ce réflexe archaïque :
– boucher l’incertitude par des récits pleins.
Devenir inarrêtable, ce n’est pas tout prévoir.
Ce n’est pas jouer à Top Gun devant des caméras chargées de saturer le vide.
C’est apprendre à naviguer entre chien et loup, entre ombre et lumière, entre deux royaumes combattants.
Prêt à pousser. Prêt à lâcher.
Car le vide n’est pas le problème. L’ombre n’est pas un problème.
Notre fuite l’est.
Et si nous devenions anti-fragiles ?
Le saviez-vous ?
Je ne suis pas le seul à proposer de « travailler avec l’ombre » pour « chevaucher le tigre » et « accueillir le le dragon » :
Et vous ? Quel est votre « passage du Nord-Ouest » en ce moment ?
Celui que vous essayez de boucher…
ou que vous souhaiteriez apprendre à traverser?
👋Essayez ça & suivez moi ! Je vous parle d’invisible et de travail avec l’ombre pour transformer 😉